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Répercussions pour les francophones de Belgique de l’élection de Donald Trump

Xavier Dupret – 29 avril 2025 –
Pour les francophones de ce pays, l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche constitue une mauvaise nouvelle dans la mesure où loin d’être limitée aux Etats-Unis, la vague des populismes de droite a également touché la Belgique, que ce soit, d’ailleurs, au nord ou au sud
du pays. On peut résumer cette conjonction de la manière suivante.
En faisant diminuer la croissance de l’économie mondiale, les politiques protectionnistes de Donald Trump auront un impact important sur la Belgique. En effet, notre pays est structurellement très dépendant de son commerce extérieur. Les exportations de biens et de services (364 Md€) équivalaient à 66% du PIB en 2023. Or, depuis la fin de l’année 2021 et
en dépit d’une légère amélioration en 2023, on constate une forte pression sur les exportations de la Belgique puisque la hausse des prix de l’énergie complique la compétitivité des entreprises belges.
Bien entendu, une croissance en berne représente une mauvaise nouvelle pour l’emploi de manière générale. Or, c’est dans la Région de Bruxelles-Capitale et en Wallonie que l’on retrouve les taux de chômage et de pauvreté les plus élevés du pays.
Cette pression sur l’emploi se produit au moment où la politique d’indemnisation du chômage s’apprête à devenir plus restrictive en Belgique. C’est ainsi qu’en janvier 2026, si les choses restent en l’état, il est prévu que 100.000 personnes (principalement des Bruxellois et des
Wallons) seront exclus du chômage puisqu’un gouvernement de droite dure dirige dorénavant le pays jusqu’en 2029. Il s’agit d’un peu plus d’un chômeur sur trois. Il est même possible que davantage de personnes soient finalement concernées, en fonction du traitement qui sera appliqué réservé aux cas des travailleurs sans emploi de plus de 55 ans du point de vue de la
durée de leurs carrières.
Les prolongements géopolitiques de cette montée du protectionnisme, même si les choses avaient l’air de se calmer à la fin du mois d’avril, représentent une préoccupante montée des tensions entre grandes puissances. Pour être plus précis, il est de plus en plus flagrant que
l’ordre du monde hérité de l’après-guerre froide caractérisé par un monopole d’influence au profit des États-Unis est révolu. Pour reprendre l’expression de l’économiste américain Nouriel Roubini, des « puissances révisionnistes » sont occupées à saper cette architecture des
relations internationales (1). Très concrètement, il s’agit de la Russie, de la Chine, de l’Iran et de la Corée du nord. Deux de ses pays sont de véritables géants sur le plan militaire. L’apparition de cette menace, d’un point de vue états-unien, donnera lieu à une augmentation des dépenses militaires.
Or, et c’est un mantra de l’Administration Trump, il faut que les alliés de l’OTAN cessent de compter, comme ils ont pu le faire jusqu’à présent, sur le bouclier de l’Oncle Sam pour se protéger. Ils devront donc mettre la main au portefeuille.
C’est ainsi que la Belgique doit aujourd’hui atteindre les 2% de son budget alloués au secteur de la défense. En cette période de taux d’intérêt encore élevés et d’assainissement budgétaire mené par un gouvernement de droite davantage soucieux de diminuer les dépenses que d’augmenter les recettes, l’augmentation des dépenses d’armement se traduira par une pression à la baisse sur les dépenses sociales.
S’il semble à cette heure acquis que le dividende de Belfius servira à financer cet effort de guerre, on peut objecter que cette rentrée financière ne servira pas à améliorer les pensions les
plus basses ou les allocations familiales des foyers les plus pauvres. On ne peut, en effet, pas dépenser deux fois le même euro.
La situation socioéconomique de la partie francophone du pays implique, au contraire, que davantage de moyens soient consacrés à aux politiques sociales. Or, le protectionnisme unilatéral des Etats-Unis de type mercantiliste-impérialiste ne peut que s’accompagner d’une
montée des tensions. Autrement dit, nous ne sommes peut-être pas au bout de la tendance consistant à évincer des investissements dans les politiques sociales pour leur substituer des dépenses d’armement.
Les déclarations de Theo Francken (NVA) du mois d’avril de cette année sont, de ce point de vue, absolument explicites. Selon le ministre de la Défense, les dépenses supplémentaires d’armement peuvent être piochées directement dans le budget de la sécurité sociale. Selon le nouveau ministre de la Défense, «actuellement, 140 milliards d’euros par an sont consacrés à
la sécurité sociale et 8 milliards à la sécurité militaire. Nous souhaitons réduire légèrement ce montant (2) .
Rien n’exclut, par ailleurs, que ces dépenses supplémentaires ne se solderont pas par une nouvelle humiliation des Européens. On rappellera, à ce propos, que l’annexion du Groenland continuait à faire partie, à l’heure où ces lignes étaient écrites (28 avril 2025), des objectifs de
politique étrangère des États-Unis (3) .
Pour terminer, on n’oubliera pas de mentionner l’impact dévastateur que pourrait avoir par
ricochets une guerre commerciale dure entre la Chine et les États-Unis sur l’industrie européenne. Jusqu’à présent, la Commission européenne entend préserver le cadre multilatéral d’organisation du commerce international. Autrement dit, si on doit repérer une surproduction en Chine du fait des difficultés d’accès au marché américain, une bonne partie de cet excédent a de fortes chances de se retrouver sur le Vieux Continent. Cet état de choses aura tendance à faire pression à la baisse sur les prix.
Un choc de désinflation pourrait donc se produire sur le Vieux Continent. Par conséquent, les politiques d’assainissement des finances publiques imposées aux peuples d’Europe par la Commission pourraient s’avérer profondément procycliques.
Cet état de choses présente un double danger pour la partie francophone du pays. D’une part, les politiques de réindustrialisation éprouveront plus de difficultés à se concrétiser en Wallonie. D’autre part, si la Flandre doit souffrir, les forces nationalistes présentes au sein du gouvernement fédéral feront pression pour que les dépenses sociales, qui bénéficient
proportionnellement davantage aux francophones de Belgique, soient davantage rabotées. En tout cas, personne n’imagine Bart De Wever se convertir en keynésien à court voire moyen terme… C’est évidemment un problème majeur puisque la seule retombée plus ou moins positive de la
nouvelle doctrine commerciale en vigueur aux États-Unis réside jusqu’à présent dans une baisse du niveau des taux longs puisque l’Europe s’oriente vers un choc désinflationniste.
Cependant, rien n’indique que la NVA et un MR de plus en plus clairement ancré à droite voudront s’emparer du levier des dépenses publiques pour relancer la croissance.
C’est bien connu. Un malheur ne vient jamais seul…

Cette carte blanche s’inspire de l’étude réalisée par l’Association Joseph Jacquemotte intitulée « Donald Trump et le protectionnisme. Faire le point sur les tenants et aboutissants…» https://www.acjj.be/donald-trump-et-le-protectionnisme-faire-le-point-sur-les-tenants-et-aboutissants/

(1) Roubini, N, MegaThreats: Ten Dangerous Trends That Imperil Our Future, And How to Survive Them, Little Brown, New York, 2022. »
(2) BusinessAm, Theo Francken (N-VA) wil geld voor defensie halen bij sociale zekerheid: “Er is een
onevenwicht”, article mis en ligne le 10 avril 2025.
(3) B.T., På pressemøde: Trump melder ud om Grønland, édition du 24 avril 2025.

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