
Par XAVIER DUPRET :
A y regarder de plus près, le déséquilibre des finances publiques en Belgique doit davantage à une carence de recettes qu’à un excès de dépenses. Pour s’en convaincre, il faut rompre avec un pan de l’idéologie dominante qui veut que la Belgique soit un pays particulièrement égalitaire. En effet, si l’on tient compte des inégalités de patrimoine, la Belgique se caractérise par de profondes disparités socio-économiques. C’est ici qu’intervient le projet de taxer la grande fortune. D’après une série de travaux universitaires et d’études du Bureau du Plan, il est apparu qu’une rentrée de minimum de 5 milliards d’euros par an semblait réalisable. De surcroît, si l’on rétablissait l’impôt des sociétés en Belgique, les pouvoirs publics pourraient compter sur une rentrée de 26 milliards d’euros sur l’espace d’une législature. Pour rappel, l’effort budgétaire de la coalition Arizona porte sur quelques 23 milliards. Une partie de ce montant est composé, au demeurant, d’effets retour absolument hasardeux, Il y a, à ce sujet, un consensus parmi les économistes du pays, même chez ceux qui soutiennent cette coalition de toutes les droites. De ce point de vue, la taxation de la fortune s’avère une piste autrement plus crédible. Certains arguments utilisés dans la sphère publique pour contrer la progression dans le débat public de l’impôt sur la fortune (ISF) visent à faire diversion pour miner cette crédibilité. Passons-les succinctement en revue. L’idée que les riches, s’ils sont taxés, vont tous fuir la Belgique n’a rien d’évident. Des études ont montré que les exils fiscaux ne concernaient qu’un nombre limité de foyers fiscaux. Dans le même ordre d’idées, la mise en œuvre d’un ISF permet de dégonfler le volume des investissements de nature spéculative au sein d’une économie de manière à favoriser la sphère productive et la croissance. De surcroît, différentes études ont, à ce jour, permis de démontrer que le premier mécanisme d’enrichissement au sein des 10 plus grandes fortunes de ce pays repose sur l’héritage (1)A ce propos, certaines familles occupent le top niveau de la fortune en Belgique depuis parfois près de deux siècles. Cette réalité, pour le moins interpellante, s’accompagne d’une forte endogamie sociale se traduisant par le fait que la plupart des self-made men proviennent des classes moyennes supérieures voire de la moyenne bourgeoisie. Dans ces conditions, si l’on part du principe que c’est le travail déployé à tous les niveaux de la société qui engendre la richesse, on doit logiquement conclure qu’en réalité, l’impôt sur la fortune inscrit les principes de mérite dans le droit fiscal d’un pays. Un autre argument contre l’ISF a trait non plus à son opportunité mais à sa faisabilité. C’est ainsi que dans le débat public en Belgique, l’absence d’un cadastre des fortunes est souvent évoquée pour conclure à l’impossibilité d’instaurer une taxation des grands patrimoines. Ce texte a permis d’établir que depuis 2018, une base de données mise en œuvre au niveau du ministère des Finances pour satisfaire aux exigences d’une Directive européenne destinée à lutter contre la blanchiment et le financement occulte du terrorisme permet déjà de connaître avec un bon degré de précision la composition des patrimoines des particuliers chez nous. La presse économique qui parle aux élites l’avait déjà noté, il y a 7 ans de cela (2)
Bref, la taxe des millionnaires, c’est vraiment du sérieux…
Cette carte blanche constitue une synthèse d’une étude de l’Association Joseph Jacquemotte intitulée « Taxer le capital en Belgique. Faire le point sur différentes propositions »
https://www.acjj.be/taxer-le-capital-en-belgique-faire…/
(1) Marco Van Hees, Le guide du richard. Voyage au cœur du capitalisme belge, Ed. Couleur Livres, Mons, 2024.
(2) Trends Tendances, UBO : le cadastre des fortunes qui ne dit pas son nom, édition mise en ligne du 21 novembre 2018.
